Les matériaux de montures : comprendre pour mieux choisir

Choisir une monture, ce n'est pas seulement choisir une forme. Le matériau détermine le poids, l'allergie, la tenue à l'ajustage et l'entretien. On distingue trois grandes familles : les matières naturelles historiques, les plastiques techniques, et les métaux et alliages.

Les matières naturelles : le luxe et la tradition

Écaille de tortue

  • Matière de « luxe » travaillée par découpage ou également par étirage (solution plus économique).

  • Provient de la tortue Caret (océan Indien, Atlantique et Pacifique).

  • Fabrication : la plaque est rendue ductile à chaud, les écailles se soudent entre elles sous chaleur, pression et humidité.

  • Propriétés : légère, dure, rigide, mais fragile au choc. Totalement anallergique.

  • Contexte actuel : prix de revient très élevé. Les rares montures neuves utilisent les stocks déclarés (convention de Washington) En France métropolitaine aucun stock ne peut être renouvelé.

  • Pour monter les verres, l’opticien va faire un chauffage régulier ainsi qu’un huilage préalable

  • À noter : les zones en contact avec la peau blanchissent, il faut les repolir.

Corne

  • Origine : buffles domestiques (Égypte, Inde, Thaïlande, Madagascar etc.).

  • Fabrication : aplatissement de la partie creuse à l'eau bouillante salée ou dans l’huile, traitement possible au formol, puis découpe.

  • Propriétés : similaires à l'écaille de tortue.

  • Conseils : ne pas tailler les verres trop grands, la pression détruit la structure de la corne ; montage rapide après un léger chauffage, la matière rétrécit avec la chaleur et en vieillissant ; pas d'ultrasons ; nettoyage à l'eau savonneuse et hydratation.

Bois

  • Historique : premières lunettes en bois, retour dans les années 80.

  • Fabrication : bois d'origines et couleurs variées, assemblage en contreplaqué (bois lamellé-collé), finition vernis inaltérable et incolore. Les meilleures montures en bois intègrent un croisement des fibres et l’insert de feuilles de carbone.

  • Conseils : bois peu flexible → verres parfaitement calibrés, insertion sous le pont, fermeture par la vis de pontet située sous le pont ou par insertion directe ; pas d'ultrasons ; chiffon humide uniquement.

Les plastiques : du thermodurcissable au thermoplastique

Acétate de cellulose (et son cousin le propionate)

  • Obtention : laminage, pressage et tranchage, ou granulés pour injection ou plaques extrudées.

  • Propriétés : densité 1,3 ; indice 1,46 à 1,50 ; ramollissement à 80°C, non inflammable ; hygroscopie importante ; peu sensible à la lumière solaire sauf pour les plaques fluo ; acides faibles sans effet, acides forts = décomposition ; faible résistance au froid et aux chocs ; ténacité bonne ; solvant = acétone ; coloration facile dans la masse.

  • Conseils : modérer les ultrasons (surtout vieilles montures) et chocs thermiques (risque de casse) ; blanchiment au contact de la peau et possibilité de remontée du plastifiant ; devient cassant en vieillissant ; chauffe vers 80°C pour insertion verres et pour l'ajustage des branches.

Propionate de cellulose

  • Apparu dans les années 80, obtenu par moulage.

  • Finition proche de l'acétate découpé grâce aux progrès du moulage.

  • Propriétés identiques à l'acétate, hygroscopie moindre, plus léger.

  • Encore utilisé frequement chez Ray-Ban et Safilo.

Polyamides / Nylons – dont Grilamid

  • Utilisation depuis 1937. Thermoplastiques pour injection, obtenus par polycondensation d'un diacide sur une diamine ou d'un acide aminé sur lui-même.

  • Propriétés : densité 1,14 ; indice 1,55 ; déformation vers 100°C, non inflammable ; hygroscopie faible ; mauvaise tenue aux agents chimiques ; bonne tenue au froid ; ténacité bonne ; coloration bonne dans la masse.

  • Renforts possibles : fibre de verre, carbone, Kevlar®.

  • Usages : lunettes de protection, enfant, pièces détachées (lèvre et fil nylon).

  • Montage : verres à la cote exacte, insertion sans chauffage.

  • L'Optyl® et le Grilamid sont classés ici comme polyamides.

PMMA – Plexiglas®

  • Mis au point entre 1931 et 1935 en Angleterre et Allemagne. A servi aux premières lentilles de contact et aux montures.

  • Obtention : polymérisation de l'ester de l'acide méthacrylique, en feuilles ou poudre, moulé par injection pour plaquettes rigides.

  • Propriétés : densité 1,18 ; indice 1,490 ; difficile à enflammer ; hygroscopie faible ; stable à la lumière ; bonne résistance bases et acides ; faible résistance aux chocs ; solvant = acétone ; coloration délicate.

Polysulfones

  • Propriétés similaires aux polyamides, mais coût de fabrication plus élevé.

Résines époxy

  • Découvert en 1968 par Wilhelm Anger.

  • Présenté comme thermodurcissable mais « thermo-élastique » : élastique à chaud, sans plasticité.

  • Fabrication par moulage, par résination des résines époxy avec catalyseur.

  • Les résines époxy servent aussi de vernis/peinture de protection pour montures métal.

  • Propriétés : densité 1,1 ; ramollissement 130°C, non inflammable ; au-delà de 350°C risque de craquelure et carbonisation ; hygroscopie nulle ; action lumière nulle ; coloration facile dans la masse ou au bain ; bonne résistance froid et chocs ; pas de solvant.

  • Particularité : mémoire élastique – se déforme à 100°C, reprend sa forme initiale en refroidissant.

  • Conseils : tailler les verres 2/10 à 4/10 mm plus grands ; ajustage des branches difficile à cause de la mémoire.

Polyuréthanes

  • Se comportent comme un thermodurcissable à froid, mais peuvent s'injecter comme un thermoplastique.

Les métaux et alliages : légèreté, élasticité, noblesse

À retenir : l'ajustage des branches se fait grâce à différents jeux de branches avec courbures et longueurs différentes. Les pièces fines (cercles, branches fines, visserie) demandent des alliages spécifiques.

Les bases cuivreuses classiques

Maillechort : 60% cuivre, 20% nickel, 20% zinc. Imitation argent (couleur et ductilité). Facile à travailler et à souder, mais nécessite une couche protectrice. Utilisé pour tenons, charnières, enjoliveurs.

Monel : 30% cuivre, 67% nickel, 3% fer. Plus dur et plus résistant à la corrosion que le maillechort. Pas de traitement spécifique avant corrosion. Utilisé pour le doublé or, cercles, charnières, ponts.

Bronzes : cuivre + étain 6 à 8%. Propriétés proches du maillechort, plus élastiques, non adaptés à la brasure. On peut ajouter zinc, manganèse, fer, aluminium, silicium ou plomb pour améliorer résistance mécanique, polissage, brasage. Utilisés pour branches minces, charnières, et comme base du doublé or.

Aciers inoxydables

  • Composition : fer + nickel 14% + chrome 18%.

  • Ne s'oxydent pas, très résistants, utilisables en fine section.

  • Inconvénient : délicats à braser.

Alliages à comportement particulier

Alliages autotrempants : déformables à froid, retrouvent leur rigidité après traitement thermique.

  • Nibrodal : cuivre + nickel 11 à 15% + étain 6 à 8%. Travail facile à froid, rigidité retrouvée après 350°C pendant 3 heures. Pour pièces minces et branches.

Cuivre-béryllium : cuivre + environ 2% béryllium. Adapté à la microfusion (coulée). Permet formes complexes, résistance mécanique médiocre nécessitant une trempe thermique.

Alliages à mémoire de forme : après déformation plastique à une température donnée, retrouvent leur forme initiale après simple chauffage. D'où une super-élasticité de 10% (contre 0,2% pour les alliages classiques).

  • Titane-nickel : 50% titane, 50% nickel. Perd les avantages du titane pur, mais devient flexible et résistant.

  • Base cuivre : plus délicats d'usage. Compositions citées : aluminium 4 à 8%, zinc 20 à 30% et cuivre ou béryllium <1%, ou aluminium 11 à 13% et cuivre. Utilisés pour ponts et branches très flexibles.

Aluminium et magnésium

  • Technique de découpe identique aux plastiques.

  • Aluminium : léger, résiste à la corrosion, peut être allié au magnésium, vanadium, nickel ou cuivre pour améliorer les performances. Exemple : 75% aluminium, 10% cuivre, 10% nickel, 5% vanadium.

  • Magnésium pur à 92% : 50% plus léger que le titane, antiallergique. Utilisation en optique très récente (2002).

Titane – la référence technique

  • Généralités : métal très répandu, extrait du rutile (bioxyde de titane) et de l'ilménite (moins pur). Gisements : États-Unis, Russie, Australie, Canada. Arrivée en lunetterie en 1975.

  • Transformation procédé Kroll en bloc/lingot : monopole de 2-3 sociétés, dont Timet qui assure 90% de la transformation.

  • Avantages : 48% plus léger que les autres métaux de lunetterie ; résistance exceptionnelle à la corrosion ; titane 100% sans nickel (donc sans allergie), avec seulement traces de fer/chrome ; 20% plus solide que les matériaux optiques classiques.

  • Inconvénients : prix de revient élevé (outils très durs nécessaires) ; assemblage délicat, soudures sous vide et sous argon entre 950°C et 1 030°C.

  • Marché : 40% de la fabrication au Japon.

  • Déclinaisons :

    • Titane pur : toute la monture en titane.

    • Titane à mémoire : 50% titane / 50% nickel (vu plus haut).

    • β-titane : 89,5% titane, 6% aluminium + autres, garde les avantages du pur, permet pièces plus fines, effet ressort.

    • Titane recouvert nickel par galvanisation : utilisé par fabricants ne maîtrisant pas la soudure titane, seul avantage = poids.

    • Titane combiné : pont, charnières et décors en autre métal car le titane est difficile à travailler ; les soudures deviennent classiques ; seul vrai avantage restant = poids.

Métaux en poudre – MIM (Metal Injection Molding)

  • Nouvelle technologie : poudre de titane ou inox + plastifiant, injecté en moule.

  • Démoulage à l'acide puis passage au four à hydrogène (cycle de 2 heures) pour frittage.

  • Moules calculés en conséquence.

  • Idéal pour charnières flexibles et branches aux formes sophistiquées.

Or et doublé or

Or

  • Métal précieux jaune brillant, à l'état natif en pépites (Afrique du Sud, Australie, Russie). Inoxydable, le plus ductile et malléable. Or fin à 99% trop mou pour être utilisé seul.

  • Utilisé en alliage avec cuivre et argent.

  • Titre : proportion d'or fin, exprimée en millièmes (ex : 840/1000 = 840 g d'or fin pour 1000 g d'alliage).

  • Titre légal en France : 750/1000. L'or fin = 24 carats = 1000/1000. L'or 18 carats = 18/24 = 750 g d'or fin pour 1000 g. L'or est poinçonné pour contrôle. Couleurs variables selon teneur en cuivre ou argent.

Doublé or – fabrication

  • Or allié choisi en titre et couleur (aujourd'hui souvent 14 carats au titre de 20 millièmes).

  • Laminé en feuille, brasé à l'argent sur plaque de cuivre, puis réduit en cylindre creux de 40 mm de diamètre, épaisseur ∼1 mm, or à l'extérieur.

  • Le tube est étiré avec recuits successifs jusqu'à obtenir un fil de 1 à 4 mm qui servira à la monture.

  • Âme possible : bronze, monel ou autre selon élasticité recherchée. Épaisseur d'or allié : 4 à 10 microns.

  • Titre du doublé exprimé de deux façons :

    1. Poids d'or fin / poids total : ex 20/1000 = 20 g or fin + 980 g métaux.

    2. Poids d'alliage / poids total, en précisant le titre : ex 20/1000 à 12 carats = 20 g d'or à 12 carats.

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